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jeudi 10 mai 2018

Apprendre Parker (un prolégomène)



En 1962, Donald Westlake approche la trentaine, il en a marre de publier pour des clopinettes et à tours de bras du pulp érotique bas-de-gamme — souvent à quatre mains avec son pote Lawrence Block, sous le nom collectif d'Edwin West ou d'Alan Marshall —, il a réfléchi à l'essence du roman noir, il en issit (en germine, en exsude…) un personnage quintessentiel, l'intransigeant braqueur individualiste et irréfragable sobrement nommé Parker — qui n'est à sa façon qu'un ouvrier ordinaire, qui rapporte comme il peut sa solde à sa bourgeoise —, dont Westlake fournira pas moins de seize aventures en douze ans sous le pseudonyme de Richard Stark.

Mais c'est que très vite, bingo ! ça se met à marcher à fond, cette histoire.

Au point que Westlake engrange suffisamment de thunes pour se permettre de suivre sa pente naturelle, qui est de perpétuer la critique sociale amorcée par Hammett, Chandler, Goodis & consorts, tout en l'adaptant au monde de son temps — qui aurait certes préféré de loin en rire.

Mais contrairement à la plupart de ses contemporains,  Westlake/Stark n'est pas hargneux ni saumâtre : il se met à développer une veine humoristique à sa manière, par exemple avec le personnage de Grofield : un comparse de Parker apparu dès En coupe réglée ("Série Noire" n° 958) mais nettement plus rigolo, en comédien-gentleman-cambrioleur-dragueur.
Et c'est le début d'une étonnante schizophrénie littéraire sur laquelle j'espère revenir bientôt, sachant que les aventures de Grofield se clôtureront par Lemons Never Lie (Les citrons ne mentent jamais, "Série Noire" n° 1457)  alors que Stark avait publié peu auparavant The Sour Lemon Score (Un petit coup de vinaigre, "Série Noire" n° 1309).
L'acidité des citrons n'est pas forcément suave aux éditeurs…

Mais qu'importe ! Westlake lâche carrément la bride en 1970 lorsqu'il se rend compte que l'intrigue qu'il avait en tête pour l'aventure suivante de Parker (le vol archi-réitéré de la même pierre précieuse, The Hot Rock) s'avère trop loufoque au regard du sérieux du personnage : il faut en créer un autre, une sorte d'OVNI (Organisateur Volontairement Non-Identifiable), et ce sera John Dortmunder — tout aussi impénétrable que Parker, encore plus mal-luné et plus malchanceux mais qui se refuse pour sa part à toute effusion de sang — dont Westlake multipliera les péripéties jusqu'à la surabondance par-delà sa propre disparition.

En 1974, Westlake clôt avec un panache tout starkien la série Parker — dont la continuation ne présentait sans doute pour lui plus aucun intérêt financier ni littéraire — avec Butcher's Moon (Signé Parker, tr. fr. Janine Hérisson, "Super Noire" n° 23, Gallimard) : c'est un feu d'artifice où l'on retrouve la plupart des complices rescapés des précédents épisodes, pour récupérer un magot lui-même rescapable d'un épisode précédent  (Slayground, 1969 ; Planque à Luna-Park, tr. fr. J. Hérisson, "Série Noire" n° 1472, , Gallimard,1972).

Mais coup de théâtre, il rempile 23 ans plus tard, en 1997, avec Comeback, prélude à une sorte de boule de neige oulipienne — Comeback, Backflash, Flashfire, Firebreak, Breakout, avant l'ahurissante trilogie finale dont nous tenterons d'expliquer la prescience avant de mourir — et dont voici un extrait, pour la bonne intelligence duquel il faut savoir que Parker, après avoir dérobé dans un stade la recette faramineuse des prédications du Révérend Archibald, s'est trouvé plus ou moins contraint de rencontrer ce dernier en se faisant passer pour un agent d'assurances nommé John Orr.
Parker ne ment jamais à ses interlocuteurs,  ses réparties sont toujours à double-sens, et ce passage nous rappelle bigrement celui de la deuxième aventure de Dortmunder — Bank Shot, 1972 — dont M'sieu Pop nous gratifia naguère.

Ils s’assirent dans le canapé, disposé à angle droit près de la cheminée, vers laquelle le révérend jeta un regard renfrogné, en disant :
— Je voulais faire monter quelqu’un, pour qu’il allume un feu, mais je n’ai pas eu une minute à moi aujourd’hui. (Il gratifia Parker d’un sourire d’auto-apitoiement amusé.) Je trouve qu’un feu égaye une pièce, en toute saison. Vous ne croyez pas ?
— Si, si.
— En fait, dit Archibald, légèrement penché en avant, sur le ton de la confidence, je voulais vous parler de votre métier. On peut dire que vous êtes une sorte de policier en civil. Mais au lieu de travailler pour la police, vous travaillez pour les assurances.
— Oui, d’une certaine façon.
— Vous avez sans doute des contacts avec… le monde de la pègre, différents de ceux de la police.
— Je devrais, en tout cas, répondit Parker.
— Les gens comme vous, dans votre position, travaillent au noir parfois, me semble-t-il. N’est-ce pas l’expression qu’on emploie ? Travailler au noir ?
— Vous voulez dire, se faire payer par deux employeurs pour le même travail.
— Un travail légèrement différent, rectifia Archibald. Similaire, disons. Par exemple, vous êtes à la recherche de cet homme, mais si mes informations sont bonnes, il y avait au moins trois personnes impliquées dans ce vol au stade, plus sans doute une quatrième pour leur servir de chauffeur. Quand vous mettrez la main sur l’homme que vous traquez, car je suis convaincu que vous êtes un excellent enquêteur et que vous réussirez à le dénicher, à ce moment-là, il est fort peu probable que l’on retrouve l’argent du cambriolage sur lui.
— Peu probable, en effet, confirma Parker.
— Si vous pouviez vous charger, dit Archibald en regardant son interlocuteur au fond des yeux, de récupérer l’argent que l’on m’a volé, qu’il soit ou non en possession de cet homme que vous traquez, je vous en serais très reconnaissant.
— Ah oui ?
— Je vous paierai en liquide, évidemment.
— Ah.
— Et vous pourriez avoir… Comment dit-on dans votre métier ? Une provision ?
— On peut appeler ça comme ça.
— Disons mille dollars.
Se levant sans attendre la réponse, Archibald fit demi-tour et se dirigea vers le bureau où il téléphonait lors de leur arrivée. Par-dessus son épaule, il ajouta :
— À valoir sur les… 5 %, disons, de la somme que vous récupérerez. Soit environ 25 000 dollars, monsieur Orr, ou un peu moins.
Parker se leva à son tour. Il regarda Archibald ouvrir un tiroir du bureau, en sortir une enveloppe épaisse qui semblait remplie d’argent liquide, piocher quelques billets, et ranger l’enveloppe encore pleine dans le tiroir. Il glissa ensuite les billets dans une enveloppe frappée du logo de l’hôtel, et revint vers Parker avec un grand sourire, en tendant l’enveloppe.
— Un petit avantage de votre profession, dit-il. Peut-on appeler ça comme ça ?
C’était la première fois que Parker se voyait offrir un pot-de-vin pour retrouver l’argent qu’il avait lui-même volé.
— Appelons-ça comme ça, dit-il.
Il prit l'enveloppe et la glissa dans sa poche.

Richard Stark, Comeback, 1997, tr. fr. par Jean Esch, Rivages/Noir, 2001, pp.178-179

mardi 27 mars 2018

Le chemin de l'excès conduit au palais…


Dans ce qui est actuellement appelé « le procès Tarnac », la journée d'hier — lundi 26 mars 2018 — fut essentiellement consacrée à l'étude des scellés issus des perquisitions effectuées le mardi 11 novembre 2008 lors de la fameuse (mais guère fructueuse) « Opération Taïga ».

Ce jour-là la « bibliothèque partisane » de Tarnac fut délestée de nombre de livres n'ayant de rapport avec l'émeute, le chaos ou la subversion que par leur titre — tel Le principe d'anarchie. Heidegger et la question de l'agir, de Reiner Schürmann, ouvrage assez introuvable à l'époque et que les enquêteurs ont à la réflexion sans doute préféré revendre sur Amazon plutôt que de le verser dans la procédure.

Et ce même jour, à 500 km plus au nord, d'autres policiers sagaces tout aussi avisés de l'objet de leurs investigations ont saisi dans une maison de Rouen un DVD gravé intitulé Le grand détournement, qui ne traite en rien de sabotage* ni de ralentissement des flux ou de déviations inopinées mais qui quant à lui reste conservé dans les scellés (et demeure un judicieux film de montage).

Puisque la notion même de « détournement » semble à ce point suspecte aux yeux de la SDAT, de la police, de la justice, comment ne pas s'étonner de cet étendard publicitaire apposé aujourd'hui même sur la façade du palais de justice de Paris ?



* À propos de sabotage, on a appris ce matin que le spécialiste en caténaires de la SNCF, venu témoigner ce matin, demeurait à Clichy-sous-bois allée des Sabotiers.

vendredi 23 mars 2018

Au paddock, les barbouzes rient ?



 Hé oui, tout ça n'est pas bien carré alors ça branle dans le manche rond car nos lampes errent…

Ah, ce PV 104 qui joue à […], quelle joie :
C'était-y au-dessus ou en dessous de l'autoroute qu'ils sont passés, bougre de bon sang de bois ?!

En ce moment précis du vendredi 23 mars 2018, le tribunal, qui s'est « transporté sur place » (ce n'est pas une reconstitution et c'est rarissime : l'audience continue avec public et presse, mais pas dans l'enceinte du palais de justice : en rase campagne), se réchauffe dans la salle des fêtes de Dhuisy en attendant la nuit afin de vérifier les positions possibles des véhicules durant la nuit du 7 au 8 novembre 2008. Buffet offert par la défense et les parties civiles.


’tain ! qui y était pour t'inquiéter ?

mercredi 24 janvier 2018

Les membres les plus respectables
arrivent à pied par la Chine


Mystère supplémentaire : qu'est-ce qui peut bien attirer ainsi le regard acéré de l'énigmatique producteur-éditeur, par-delà le profil de la belle de jour ? Et pourquoi s'est-il coiffé de ce minuscule tarbouche ?

Une heure pour ne rien du tout apprendre sur Gérard Lebovici, fondateur de l'agence Artmédia et des éditions Champ Libre : un documentaire diffusé en deux parties sur France Culture les 13 et 14 janvier.



mercredi 20 décembre 2017

Echenoz s'expose


Jusqu'au 5 mars 2018, la Bibliothèque Publique d'Information du centre Beaubourg consacre une exposition à Jean Echenoz, assaisonnée de quelques fioritures autour de son œuvre.

Naturellement, France Culture a consacré plusieurs émissions à cet événement, la plus intéressante à mon sens étant celle de Marie Richeux mercredi 13 décembre (annoncée pour la veille, mais bah ! qui s'en soucie ?) :



Peu auparavant, Jean Echenoz a été l'invité de la première partie de La grande table du 4 décembre



… et encore avant, le 28 novembre, Tewfik Hakem lui avait consacré son émission matinale, où intervenait notamment Gérard Berthomieu :






Dans le cadre de cet entretien, un livre saute aux yeux dans la bibliothèque d'Echenoz derrière Berthomieu, peu après Moby Dick de Melville : L'instinct de mort, de Jacques Mesrine, dans son édition originale chez Jean-Claude Lattès.


Et c'est là qu'une coïncidence s'établit comme pure évidence pour moi, qui — après avoir tout avalé d'Echenoz mais pas repu pour autant, babines toujours aussi ruisselantes — me suis mis à me délecter de l'un de ses proches (et pas qu'en littérature) : Jean Rolin.
Jean Rolin (dont la lecture semblerait peut-être certes plus laborieuse au premier abord, tellement impérieusement descriptive, mais sur laquelle on s'arqueboute tant elle est en sus jouissive d'autant), Jean Rolin qu'on entend d'ailleurs dans l'émission de Marie Richeux susmentionnée, virtuellement aux côtés de Manchette ; Jean Rolin qui écrit dans La Clôture, roman publié en 2002 chez P.O.L., pp. 25-26 :

La porte de Clignancourt marque une première rupture dans le paysage du boulevard Ney, caractérisé jusque-là par un habitat très dense, tandis que désormais les trous dans le tissu urbain vont s'élargir et se multiplier. Au-delà de Clignancourt, le boulevard est bordé côté sud, en contrebas de la chaussée, par la tranchée du chemin de fer de ceinture. Parallèle à cette tranchée et la surplombant de plusieurs mètres, la rue Belliard présente dans sa première partie un alignement d'immeubles disparates, dont le plus luxueux, ou du moins le plus bourgeois, accueillit Jacques Mesrine et sa compagne Sylvie Jeanjaquot dans les derniers temps de leur cavale : c'est quelques minutes après avoir quitté cet immeuble, le 2 novembre 1979, au volant d'une BMW 528 de couleur gris-brun métallisé, que Mesrine devait trouver la mort porte de Clignancourt, à l'angle du boulevard Ney, criblé d'une vingtaine de projectiles par les hommes du commissaire Broussard.


Extrait d'un JT du 2 novembre 1979
(désolé pour le démarrage intempestif, que je ne parviens pas à sucrer)
N'est-elle pas touchante, la façon dont ces misérables témoins exultent de participer médiatiquement à cet assassinat ?
Tous chantent, oui.

Puisque le nom « Belliard » évoque donc depuis ce jour de lynchage sans sommation  celui de Mesrine, et puisque Echenoz a choisi de nommer « Béliard » le douteux diablotin qui innerve deux de ses romans (Les grandes blondes et Au piano — mais j'espère bien y revenir un jour), quoi de plus normal, après tout,  qu'on aperçoive un souvenir de Jacques Mesrine dans la bibliothèque de Jean Echenoz ?

vendredi 15 décembre 2017

C'est pas un bobard




Connaissez-vous Jacques Barbaut,
Fils de Joseph d'Arbaud et de Greta Garbo ?
Il trouv' Lis(e) bonne mais s' barbe au Tage :
Sait-il seulement qu'on y nage ?
C'est qu'il préfèr' la mer* (Valéry ou Larbaud ?)

* : Que les freudo-œdipiens s'abstiennent de toute remarque, ça lasse :
« La mer, la mer toujours recommencée »
— Comment c'est ?

jeudi 30 novembre 2017

Carfi, c'est fini



Christophe Carfantan, batteur, percussionniste, comédien, inextinguible feu d'artifice vivant, Christophe Carfantan, alias Carfi lorsqu'il jouait au sein des groupes Berlin 38, les Free Martin ou le Cartel del Barrio, puis alias Kerfi lorsqu'il s'installa au fin fond de la Bretagne et créa avec Duke Les ténors de Brest puis avec Scott Taylor L'Atelier Grandélire, puis la compagnie Les pilleurs d'épaves avec Momette et El Kerfi Marcel avec Marcel Jouannaud, etc., etc., mais pour moi toujours depuis trente ans Carfi, né en 1963 à Pierrelatte, est mort vendredi 24 novembre à Douarnenez d'un crabe qui le bouffait depuis un an.

Un article bien documenté ici, un hommage parmi d'autres , mais surtout des montagnes de fabuleux souvenirs, et pas que pour moi...
Quelques exemples, pour les ceusses qui n'ont pas eu la chance de le connaître.

Avec Marcel, dans la roulotte que Carfi avait conçue avec les Rouille-Gorge pour servir à la fois de lieu d'habitation et de scène itinérante :





Et puis sa présentation du Manège Salé fabriqué par les Rouille-Gorge, qu'il animait ces dernières années entre deux tournées :



Enfin, une séquence d'entretien, juste pour montrer comment il était au naturel : exactement pareil qu'en représentation, tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change.